Vanessa Selbst, Kathy Liebert, Annie Duke, Annette Obrestad et Vanessa Rousso comptent parmi les joueuses de poker célèbres qui ont gagné des millions de dollars en tournoi face aux meilleurs joueurs du monde. Leur parcours mêle bracelets, scandales et reconversions.
Trois repères sur les femmes dans le poker
- Barbara Enright atteint en 1995 la table finale du Main Event des World Series of Poker, une première pour une joueuse.
- Vanessa Selbst devient en 2014 la première femme classée numéro un du Global Poker Index.
- Les gains cités viennent des relevés de tournois live de la Hendon Mob : ce sont des ordres de grandeur, qui bougent à chaque saison.
Vanessa Selbst, trois bracelets puis un départ vers la finance
Vanessa Selbst reste la joueuse de poker la plus titrée de sa génération, avec près de 12 millions de dollars de gains en tournoi live selon la Hendon Mob. L'Américaine décroche trois bracelets des World Series of Poker, en 2008, 2012 et 2014, et touche plus de vingt fois un chèque à six chiffres. En 2014, elle prend la tête du Global Poker Index, le classement mondial des joueurs de tournoi, une première pour une femme. Une telle réussite reste rare, et la question de gagner de l'argent au rami se pose dans des termes bien plus modestes.
Diplômée en droit de l'université Yale, Vanessa Selbst coache aussi plusieurs finalistes du Main Event, les fameux « November Nine ». Le 1er janvier 2018, elle annonce quitter le poker professionnel pour rejoindre le fonds d'investissement Bridgewater Associates, comme le rapporte alors le magazine Card Player. Son style agressif, fait de relances fréquentes et de bluffs assumés, reste étudié par les joueurs de high roller.
Kathy Liebert et le premier prix d'un million de dollars
Kathy Liebert cumule environ 6 millions de dollars de gains et doit sa notoriété à l'année 2002 : elle gagne cette année-là le Party Poker Million, une épreuve de limit hold'em disputée sur un paquebot, dont le premier prix atteint un million de dollars. Deux ans plus tard, en 2004, elle décroche son bracelet aux World Series of Poker dans une épreuve de limit hold'em en format shootout.
Sur le World Poker Tour, la joueuse américaine atteint six tables finales, dont une deuxième place à l'épreuve Shooting Stars qui lui rapporte environ 550 000 dollars. Ancienne analyste financière, Kathy Liebert fréquente ensuite surtout les tournois à petit buy-in des casinos de Las Vegas, loin des plateaux télévisés de ses débuts.
Annie Duke, entre gros titres et scandale Ultimate Bet
Annie Duke incarne à la fois la réussite et les zones d'ombre du poker des années 2000, avec plus de 4 millions de dollars de gains en tournoi. En 2004, elle gagne le Tournament of Champions des WSOP, une épreuve sur invitation où le vainqueur empoche 2 millions de dollars, en battant Phil Hellmuth en tête-à-tête. La même année, elle obtient un bracelet en Omaha hi-lo. En 2010, elle remporte le NBC National Heads-Up Championship, doté de 500 000 dollars.
Son nom reste pourtant attaché à Ultimate Bet, le site dont elle était l'ambassadrice quand éclate le scandale des « super-users » : des comptes internes pouvaient voir les cartes de leurs adversaires. En 2011, elle lance l'Epic Poker League, une ligue élitiste qui fait faillite dès 2012. Ancienne étudiante en psychologie cognitive, elle publie en 2018 « Thinking in Bets », un livre sur la décision en situation d'incertitude.
Annette Obrestad, sacrée à 18 ans à Londres
Annette Obrestad gagne en septembre 2007 le premier Main Event des World Series of Poker Europe, à Londres, alors qu'elle n'a que 18 ans. La Norvégienne empoche un million de livres sterling, soit environ 2 millions de dollars au cours de l'époque, et devient la plus jeune détentrice d'un bracelet de l'histoire du poker. Cette victoire londonienne fait d'elle une légende du poker en ligne.
Annette Obrestad a appris son métier sur Internet, sous le pseudonyme « Annette_15 », avant même d'avoir l'âge légal pour jouer. L'anecdote la plus connue de ses débuts en ligne : elle gagne un tournoi à 180 inscrits sans regarder ses cartes, en jouant seulement sur la position et le comportement des adversaires assis à sa table. Avec près de 4 millions de dollars de gains, elle se fait plus discrète sur les circuits depuis le début des années 2010.
Vanessa Rousso, du circuit à la télévision
Vanessa Rousso, née à New York, cumule environ 3,5 millions de dollars de gains en tournoi. Sa carrière décolle en 2007 avec une septième place au WPT de Las Vegas, qui lui rapporte un peu plus de 260 000 dollars. Membre de la Team PokerStars Pro pendant plusieurs saisons, elle enchaîne ensuite les tables finales sur les circuits américains et européens.
Le grand public la découvre en 2015 dans l'émission de téléréalité américaine Big Brother, où elle termine troisième en appliquant des raisonnements de joueuse de tournoi à la stratégie de jeu. Moins présente sur le circuit depuis, Vanessa Rousso illustre une génération qui a connu le poker live avant l'explosion du poker en ligne et des jeunes joueurs formés sur les logiciels d'entraînement.
Quelles pionnières du poker ont ouvert la voie ?
Les pionnières du poker ont gagné leur place dans un univers presque entièrement masculin, bien avant les grands tournois télévisés. Le Poker Hall of Fame, qui récompense les figures majeures du jeu, n'accueille sa première femme qu'en 2007. Ces personnalités au talent reconnu ont précédé l'essor du poker féminin des années 2000.
Barbara Enright et Linda Johnson au Poker Hall of Fame
Barbara Enright est cette première femme entrée au Poker Hall of Fame, en 2007. En 1995, elle se hisse à la table finale du Main Event des WSOP et termine cinquième, un résultat qu'aucune joueuse n'avait obtenu avant elle. Linda Johnson, surnommée la « First Lady of Poker », la rejoint en 2011 : ancienne propriétaire du magazine Card Player, elle a surtout œuvré pour l'organisation et l'image du poker de tournoi.
Jennifer Harman et Jennifer Tilly, deux profils opposés
Jennifer Harman, double détentrice d'un bracelet, s'est fait un nom en cash game à très hautes limites, dans la « Big Game » du Bellagio face à Doyle Brunson et aux meilleurs spécialistes de Las Vegas. Elle signe le chapitre consacré au limit hold'em du livre Super/System 2 et entre au Hall of Fame en 2015. L'actrice Jennifer Tilly, nommée aux Oscars en 1995, gagne de son côté le tournoi Ladies des WSOP en 2005 et donne au poker au féminin une visibilité médiatique inédite.
Liv Boeree et Victoria Coren Mitchell, deux championnes européennes
Liv Boeree et Victoria Coren Mitchell ont prouvé que les meilleures joueuses de poker ne viennent pas toutes des États-Unis, ni du même monde professionnel. Victoria Coren Mitchell, journaliste et animatrice de télévision britannique, devient en 2006 la première femme à s'imposer dans une étape principale de l'European Poker Tour, à Londres. En 2014, elle remporte l'EPT de San Remo et devient le premier joueur, hommes et femmes confondus, à gagner deux fois un Main Event de l'EPT.
Liv Boeree, diplômée en astrophysique de l'université de Manchester, s'adjuge l'EPT San Remo en 2010 et touche 1 250 000 euros. En 2017, elle obtient un bracelet aux WSOP dans une épreuve par équipes avec Igor Kurganov. Liv Boeree s'éloigne ensuite des tournois pour se consacrer à la vulgarisation scientifique et à la théorie des jeux appliquée à la décision.
Le palmarès des joueuses comparé
Les huit joueuses de poker citées dans cet article se distinguent moins par leurs gains que par le fait marquant qui les a rendues célèbres. Le tableau compare leurs nationalités et leurs résultats phares.
| Joueuse | Pays | Résultat phare | Ce qui la rend célèbre |
|---|---|---|---|
| Vanessa Selbst | Américaine | 3 bracelets WSOP | Numéro un du Global Poker Index en 2014 |
| Kathy Liebert | Américaine | Party Poker Million 2002 | Premier prix d'un million de dollars |
| Annie Duke | Américaine | Tournament of Champions 2004 | Scandale Ultimate Bet, livre « Thinking in Bets » |
| Annette Obrestad | Norvège | Main Event WSOP Europe 2007 | Plus jeune détentrice d'un bracelet, à 18 ans |
| Vanessa Rousso | Américaine | 7e du WPT Las Vegas 2007 | Big Brother en 2015 |
| Barbara Enright | Américaine | 5e du Main Event WSOP 1995 | Première femme au Poker Hall of Fame |
| Victoria Coren Mitchell | Royaume-Uni | EPT Londres 2006 et San Remo 2014 | Première double gagnante d'un Main Event EPT |
| Liv Boeree | Royaume-Uni | EPT San Remo 2010 | Astrophysicienne de formation |
Du rami au poker, les mêmes réflexes de cartes
Le rami et le poker partagent plus qu'un paquet de 52 cartes : les deux jeux demandent de compter les cartes sorties, de lire la défausse ou les mises de l'adversaire et de construire des combinaisons. Plusieurs légendes du poker ont d'ailleurs commencé par le gin, comme Stu Ungar, prodige du gin rami avant ses trois titres au Main Event. Le poker et le rami descendent aussi de familles de jeux voisines, et l'histoire du rami, du conquian mexicain au gin éclaire ces cousinages entre jeux de combinaisons et jeux de mise.
Pour une joueuse de rami, le passage au poker change surtout le rapport au risque : au rami, une mauvaise main coûte des points, au poker elle coûte de l'argent. Annie Duke résume d'ailleurs son approche du jeu comme une suite de paris sur des informations incomplètes, un réflexe que tout bon joueur de rami pratique déjà en choisissant sa défausse.
Jouer au poker depuis la France : ce que dit le droit
Le poker en ligne est autorisé en France depuis la loi du 12 mai 2010, à condition de jouer sur un site agréé par l'Autorité nationale des jeux (ANJ), en tournoi comme en cash game. Le régulateur rappelle en revanche que les casinos en ligne ne sont pas autorisés : roulette et machines à sous sur Internet restent hors la loi, quel que soit le site. La frontière entre jeu d'adresse et jeu de hasard, et le cadre de l'ARJEL puis de l'ANJ pour le rami en ligne, expliquent pourquoi le rami gratuit échappe à ces règles.
Les palmarès de ces joueuses restent des exceptions : le poker reste un jeu d'argent où l'on perd plus souvent qu'on ne gagne, et la dernière place d'un tournoi ne rapporte rien. Les jeux d'argent sont interdits aux mineurs, et le service Joueurs Info Service (joueurs-info-service.fr) propose une aide gratuite aux joueurs en difficulté. Côté joueurs français, le chanteur Patrick Bruel, titré aux WSOP en 1998, reste le nom le plus connu du grand public.






