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Les origines du rami, entre Mexique, Chine et Brooklyn

Origines du rami

Aucun document ne fixe la naissance du rami : son origine se reconstruit à partir de jeux de cartes voisins, le conquian mexicain, le khanhoo chinois, le whiskey poker américain. Tous partagent une règle du jeu : piocher, défausser et poser des combinaisons jusqu'à la fin de la partie, quand un joueur n'a plus de cartes en main.

  • Piste la plus solide : le conquian, jeu de cartes pratiqué au Mexique et dans le sud-ouest des États-Unis au XIXe siècle.
  • Piste chinoise : le khanhoo, décrit à la fin du XIXe siècle, cousin des ancêtres du mahjong.
  • Date sûre : le gin rami naît à New York en 1909, puis conquiert Hollywood dans les années 1930.

D'où vient le rami ? Les pays candidats

Le rami appartient à une famille de jeux de cartes reconnaissable à un mécanisme simple, « tire et défausse-toi » : à chaque tour, le joueur prend une carte à la pioche ou à la défausse, puis en rejette une. Il cherche à former des séquences (cartes qui se suivent dans une même couleur) et des brelans (cartes de même valeur). Ce schéma se retrouve dans plusieurs pays avant 1900, d'où le désaccord des historiens sur le pays d'origine du rami. Trois foyers reviennent dans les ouvrages spécialisés. Le jeu de rami que l'on pratique aujourd'hui en ligne descend de cette lignée, sans qu'un inventeur unique soit identifié.

Le Mexique et le conquian

Le conquian est le plus ancien jeu de type rami bien documenté. Il se joue à deux avec un jeu espagnol de 40 cartes, et chaque joueur doit poser toutes ses cartes en combinaisons pour gagner. Son nom viendrait de l'espagnol « con quién » (« avec qui »). Pratiqué au Mexique et au Texas au XIXe siècle, il passe la frontière et se diffuse aux États-Unis sous le nom déformé de « coon can ». L'historien britannique David Parlett retient cette piste comme la plus probable : pour lui, le rami et le gin rami prolongent le conquian, adapté au jeu de 52 cartes.

La Chine et le khanhoo, le « rami chinois »

Le khanhoo est un jeu de cartes chinois que l'orientaliste William Henry Wilkinson décrit à la fin du XIXe siècle. On y pioche et on défausse pour réunir des combinaisons, exactement comme au rami. Ce jeu se joue avec des cartes chinoises à enseignes monétaires, les mêmes qui ont donné naissance aux tuiles du mahjong. Une partie des historiens y voit l'ancêtre lointain du rami, passé en Occident par les ports et les marins. Le chaînon entre le khanhoo et le conquian reste toutefois introuvable dans les sources écrites.

Les États-Unis et le whiskey poker

La troisième piste fait du rami un dérivé du whiskey poker, un jeu de cartes américain où l'on échange des cartes avec une main posée au centre de la table. John Scarne, auteur de livres de jeux très lus aux États-Unis, défend une filiation par les noms : whiskey poker, rum poker, rum, puis rummy. Les spécialistes jugent cette théorie fragile : le whiskey poker n'a ni pioche ni défausse au sens du rami, et la ressemblance des noms ne prouve pas une parenté de règles.

Piste Pays Époque Point fort Point faible
Conquian Mexique, sud-ouest des États-Unis XIXe siècle Règles très proches du gin rami Origine du conquian lui-même inconnue
Khanhoo Chine Décrit vers la fin du XIXe siècle Pioche, défausse et combinaisons Aucune trace du passage vers l'Amérique
Whiskey poker États-Unis Fin du XIXe siècle Suite de noms plausible jusqu'à rummy Mécanisme de jeu différent

Qui a inventé le rami ?

Le rami n'a pas d'inventeur connu : il résulte d'une évolution de jeux populaires transmis à l'oral, bien avant que quelqu'un en écrive les règles. Les premières descriptions imprimées du « rum » ou « rummy » apparaissent aux États-Unis au début du XXe siècle, quand le jeu circule déjà dans les bars et les familles. Chaque région ajoute ensuite ses propres règles : nombre de cartes distribuées, valeur du joker, points nécessaires pour la première pose.

Une seule variante a un auteur identifié. Le gin rami naît en 1909 à New York, de l'idée d'Elwood T. Baker, professeur de whist, et de son fils C. Graham Baker. Leur version accélère le jeu : dix cartes par joueur, une partie qui s'arrête dès qu'un joueur « frappe » avec peu de points non combinés, et un décompte qui récompense le « gin », la main entièrement combinée. Le nom joue sur l'alcool : après le rum (rhum), le gin. Il est d'ailleurs amusant de constater que le nom même du jeu de rami garde la trace de deux spiritueux.

Pourquoi ce nom de rami ?

Le mot rami est l'adaptation française de l'anglais « rummy ». Deux explications se partagent l'étymologie. La première rattache rummy à l'adjectif d'argot britannique « rum », qui signifie bizarre ou étrange au XIXe siècle : un « rum game » serait un jeu curieux. La seconde y voit le rhum (rum), boisson que les perdants auraient offerte aux gagnants, ce que reprend la théorie de Scarne. Aucune source ne tranche. En France, le nom s'écrit rami dès l'entre-deux-guerres et désigne toute la famille, du rami 51 au rami contrat.

Le nom de famille et prénom Rami n'a aucun lien avec le jeu. Ce prénom d'origine arabe signifie « celui qui lance » ou « l'archer » ; il est porté au Proche-Orient comme en Europe. On le croise dans l'actualité sportive avec Adil Rami, défenseur français champion du monde 2018, ou au cinéma avec l'acteur Rami Malek. La signification du prénom, liée au tir à l'arc, n'a donc rien à voir avec la table de jeu. Ces homonymes expliquent que les recherches sur l'origine du nom Rami mélangent souvent le prénom et le jeu de cartes.

Rami chinois, mahjong, prénom : trois questions sur l'origine du jeu

Le rami vient-il de Chine ?

Le rami ne vient pas de Chine de façon prouvée. Le khanhoo chinois utilise les mêmes règles de pioche et de défausse, mais aucun texte ne montre comment il serait arrivé au Mexique ou aux États-Unis. Les historiens parlent donc d'une parenté possible, pas d'une origine établie.

Le rami a-t-il un lien avec le mahjong ?

Le rami et le mahjong ont un ancêtre commun probable : les cartes chinoises à enseignes monétaires. Le mahjong a remplacé ces cartes par des tuiles, et garde le principe de piocher, défausser et réunir des combinaisons, ce qui le rapproche du rami.

Le jeu de rami et le prénom Rami ont-ils la même origine ?

Le jeu de rami et le prénom Rami n'ont pas la même origine. Le jeu tire son nom de l'anglais rummy, le prénom vient de l'arabe et signifie « archer ». La ressemblance est purement fortuite.

Le gin rami, passe-temps de Hollywood et de Broadway

Le gin rami connaît son âge d'or aux États-Unis entre la fin des années 1920 et les années 1940. Pendant la Grande Dépression, ce jeu de cartes ne coûte rien et se joue partout, ce qui explique sa vogue dans les foyers modestes. Il gagne aussi les studios de cinéma et les théâtres de Broadway : entre deux prises, acteurs et producteurs jouent des parties interminables, et la presse populaire relaie cet engouement. Le décompte des points du Hollywood, où trois parties se marquent en parallèle sur la même feuille, garde le souvenir de cette époque.

La Seconde Guerre mondiale relance le jeu : soldats américains et marins l'emportent dans leurs bagages, puis le diffusent en Europe et dans le Pacifique. Des joueurs de cartes professionnels se font également un nom au gin rami. Le plus célèbre, Stu Ungar, prodige new-yorkais, bat les meilleurs joueurs de gin des années 1960 et 1970 avant de briller au poker.

Comment le rami s'est installé en France

Le rami arrive en France dans l'entre-deux-guerres, par les échanges avec les États-Unis et l'Angleterre. Les familles françaises l'adoptent avec un jeu de 52 cartes doublé et des jokers, ce qui donne des parties à trois, quatre joueurs ou plus. Plusieurs variantes typiquement françaises en découlent. Le rami 51 impose une première pose d'au moins 51 points, la règle la plus répandue autour des tables françaises ; le seuil des 51 points pour ouvrir a sa propre logique de calcul. Le rami contrat fixe à chaque manche une combinaison imposée, de deux brelans à la séquence complète.

Le rami reste aujourd'hui l'un des jeux de cartes les plus joués en France, aux côtés de la belote et du tarot. Sa popularité tient à sa transmission en famille : beaucoup d'enfants apprennent à tenir leurs cartes en main et à compter les points autour d'une table de rami, une tradition qui traverse les époques. L'arrivée des plateformes en ligne au début des années 2000 lui ouvre un nouveau public : des parties à toute heure, contre l'ordinateur ou contre d'autres joueurs, avec un décompte automatique des points en fin de manche.

Des cartes aux tuiles : l'Okey et le Rummikub

La famille du rami ne se limite pas aux jeux de cartes. L'Okey, très joué en Turquie et dans la diaspora turque, remplace les cartes par 106 tuiles numérotées en quatre couleurs et deux faux jokers ; les règles de l'Okey, ou rami turc, reprennent pioche, défausse et combinaisons. Le Rummikub, conçu par Ephraim Hertzano, un Roumain installé en Palestine mandataire, dans les années 1930 et 1940, popularise une autre version à tuiles. Sa règle diffère sur un point : les combinaisons posées au centre deviennent communes et chaque joueur peut les réorganiser. La canasta, née en Uruguay à la fin des années 1930, appartient elle aussi à cette famille : elle se joue en équipes avec deux jeux de cartes et récompense les séries de sept cartes de même valeur.

Ces versions à tuiles confirment une constante de l'histoire du rami : le support change, la mécanique demeure. Le même principe passe des cartes chinoises au conquian, du conquian au gin rami, puis des cartes aux tuiles.

Ce que les règles actuelles gardent du conquian

Le rami moderne conserve trois éléments du conquian. D'abord la pioche et la défausse, qui rythment chaque tour. Ensuite les deux combinaisons de base, la séquence et le brelan (ou le carré). Enfin l'objectif : se débarrasser de toutes ses cartes avant l'adversaire pour provoquer la fin de la partie. Les apports plus récents concernent le joker, absent du conquian, le seuil de points pour la première pose et le décompte des pénalités pour les cartes restées en main. Les règles du rami classique et de ses variantes détaillent ces différences, du rami fermé au rami 500.

Un exemple montre la continuité : avec le roi, la dame et le valet de cœur en main, un joueur de 1900 comme un joueur actuel tient une série posable, et attend au tour suivant le dix de cœur que son adversaire jettera peut-être. Comprendre cette filiation aide à jouer. Le gin rami, héritier direct du conquian, se joue à deux et récompense la patience ; le rami 51, plus familial, pousse à poser tôt pour limiter les pénalités. Dans les deux cas, observer la défausse de l'adversaire reste la compétence la plus ancienne du jeu.

Sur quels ouvrages repose cette histoire du rami ?

Cette synthèse s'appuie d'abord sur les travaux de David Parlett, historien britannique des jeux de cartes, auteur de The Oxford Guide to Card Games (1990) et de A History of Card Games (1991), qui consacrent des chapitres à la famille du rami et au conquian. La théorie du whiskey poker vient des livres de John Scarne, auteur américain de guides de jeux. Les dates du gin rami, 1909 et la famille Baker, figurent dans la plupart des histoires du jeu publiées aux États-Unis. Les pistes que les historiens jugent incertaines sont présentées ici comme des hypothèses, et la source de chacune est nommée.

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